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La Manufacture des Œillets

Histoire du bâtiment et intérêt patrimonial : la Daylight Factory

Le bâtiment de briques rouges construit en 1913 sur le modèle américain de la Daylight Factory, en verre et en acier, résonne comme le signal fort d’un projet déterminé : celui d’apporter aux ouvriers l’air et la lumière nécessaires à leur santé et à leur efficacité. Sévère et audacieux, l’édifice élevé sur quatre niveaux entièrement libres et vitrés, témoigne aussi d’ambitions « avant-gardistes » : abandonner une architecture industrielle dictée par le régionalisme et l’épargne, au profit d’une construction plus internationale, aux formes claires et modernes évocatrices de l’école de Chicago et du Bauhaus.

De la Maison Bac à la Manufacture des Œillets

Derrière son nom usuel, La Manufacture des Œillets cache une généalogie complexe, à l’origine de laquelle se trouve la figure de Guillaume Bac (1809-1884), ouvrier qui fonde en 1836 un atelier de fabrication de porte-plumes, de plumes et d’encriers à Paris. Vers 1856, la famille Bac s’établit à Ivry ; la fabrique demeure, elle, à Paris. En 1890, son fils Charles Bac lance la construction de la manufacture d’Ivry. De cette époque datent notamment la grande halle et le pavillon du gardien. La halle, en briques et meulière, est supportée par une charpente métallique de longue portée. Son entrée est surmontée d’un fronton sculpté pourvu d’une horloge. En 1895, l’usine emploie 245 salariés et produit porte-plumes et œillets métalliques.

En 1899, la Maison Bac fusionne avec la Compagnie française, une société qui fabrique des plumes métalliques à Boulogne-sur-Mer. En 1904, la production des porte-plumes est transférée à Boulogne : seule la production d’œillets demeure à l’usine d’Ivry qui prend alors  définitivement le nom de Manufacture Française d’Œillets Métalliques. Elle dispose, à cette époque, d’un outillage considérable, notamment 57 presses verticales et 35 presses à balancier pour emboutir et découper les oeillets.

Que sont les œillets ?
Ce sont des anneaux métalliques destinés à consolider les trous pratiqués, dans une étoffe ou du cuir, pour y faire passer un lacet, un cordage. Les modèles produits par la manufacture d’Ivry ont été utilisés pour la confection de corsets, de chaussures, d’étiquettes, de bâches et d’équipements militaires et industriels.

Une usine américaine

En 1905, la Manufacture des Œillets devient une filiale d’United Shoe, multinationale américaine fabriquant des machines pour l’industrie de la chaussure. L’agrandissement de l’usine d’Ivry s’impose rapidement, le bâtiment ne répondant plus aux standards de production modernes. Le projet est confié à l’ingénieur Paul Sée. Le chantier lancé en 1913 concerne la tour surplombant la cour et les six premières travées du bâtiment dit « américain ». Ce bâtiment sera étendu jusqu’à la rue Raspail en 1924. Il s’apparente à l’usine-mère d’United Shoe à Beverly (Etats-Unis, 1902-1906) et à sa filiale canadienne (Montréal, 1911) : les ateliers sont répartis sur quatre étages en plancher libre, et les façades sont presque intégralement vitrées. Toutefois, à la différence de l’usine de Beverly, en béton armé, l’usine d’Ivry a une ossature métallique avec remplissage de briques. Les fonctions non liées à la production sont rejetées à l’extérieur des ateliers, dans la tour, qui regroupe escaliers, vestiaires et sanitaires. Cette architecture sans décor, pliée aux exigences de la production, demeure l’une des premières manifestations du fonctionnalisme en France.

Apogée et déclin

En 1923, les ateliers de la Manufacture française d’Œillets métalliques sont transférés dans de nouveaux bâtiments - aujourd’hui disparus - à l’angle de la rue Truillot. Dans la halle libérée, United Shoe installe la Turner Tanning Machinery Company, une filiale américaine fabriquant des machines pour la tannerie. En 1935, les trois établissements couvrent alors 86 000 mètres carrés et emploient près de 600 salariés.

United Shoe a importé en France ses méthodes paternalistes éprouvées à Beverly :
en 1930, l’abbé Garin, chroniqueur local, note que les salariés de l’entreprise « jouissent de notables avantages, grâce aux oeuvres sociales que la société a créées pour eux : jardins ouvriers, mutualité, caisse de compensation, sursalaire familial et enfin des retraites fort appréciables puisqu’elles sont égales au salaire ». Des grèves y sont toutefois lancées en 1934 et 1936.

Dans la nuit du 26 au 27 août 1944, la Manufacture est touchée par les bombardements : une façade latérale de la halle s’effondre. En mai 1968, la "MFOM" et l’usine United sont occupées. Les années soixante et soixante-dix voient aussi émerger des préoccupations environnementales : la densification du quartier conduit à l’arrêt de certaines productions dangereuses, et des pétitions de riverains dénoncent les émanations d’odeurs et de fumées.

Sous l’égide des sociétés Emhart puis Black & Decker, la MFOM poursuit quant à elle sa diversification dans les années 1980 et 1990 : la société produit et diffuse des rivets pour l’automobile, des cosses pour téléviseurs, des petites pièces pour l’électronique et les appareils ménagers... et la célèbre cheville Molly, qui permet de fixer des objets sur des parois creuses.

Fermeture et reconversion.

Les locaux accessibles par le 31 rue Raspail sont rachetés en 1988 par un collectif qui y crée des ateliers d’artistes. La partie connue aujourd’hui sous le nom de Manufacture des Œillets est acquise en 1989 par un ancien architecte, Eric Danel. Ce dernier y établit un lieu culturel pluridisciplinaire dont l’ouverture, en novembre 1995, est marquée par la reprise de la pièce de Bernard-Marie Koltès, Dans la solitude des champs de coton, mise en scène par Patrice Chéreau pour le théâtre de l’Odéon.

En 1996, la halle, le bâtiment américain et la maison de gardien sont inscrits à l’inventaire supplémentaire des monuments historiques. Jacques Doillon et Raymond Depardon travailleront aussi à la Manufacture des Œillets, qui ferme ses portes au public en 2001. Depuis cette date, le rez-de-chaussée et le 1er étage du bâtiment américain abritent l’Ecole Professionnelle Supérieure d’Arts graphiques et d’Architecture de la ville de Paris (EPSAA) qui forme des graphistes et des assistants d’architectes.

En 2009, la Ville d’Ivry acquiert la Manufacture des OEillets, avec projet de créer dans la grande halle du site (XIXème siècle) le Centre Dramatique National du Val-de-Marne (horizon 2013/2014) où s’installera le Théâtre des Quartiers d’Ivry dirigé par Elisabeth Chailloux et Adel Hakim.

La superficie du site en m2 :
8071 m2
2733 m2 (grande halle)
4984 m2 (bâtiment américain).

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