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Naâma Asfari : Faim de liberté

Nommé citoyen d’honneur d’Ivry, le militant sahraoui Naâma Asfari est emprisonné depuis 2010 à Rabat-Salé au Maroc. Nous avons pu le contacter.

Le camp de Gdeim Izik en 2010 avant son évacuation.© Anthony Jean

Avec douze autres prisonniers politiques sahraouis, vous venez de mener une longue grève de la faim…

Il s’agissait d’attirer l’attention sur le silence que l’État marocain veut nous imposer. Malheureusement, il était très difficile de continuer après trente jours, surtout avec la pression des familles. Nous avons attendu en vain l’ouverture de négociations, et les avocats européens venus nous voir ont été refoulés…Le Maroc ne respecte pas les résolutions des Nations Unies.

Parvenez-vous à suivre la situation des Sahraouis dans les territoires occupés ?

Les informations que l’on a, c’est ce que nous lisons dans les journaux marocains. Le Maroc répète à la communauté internationale que le problème vient du Polisario (mouvement de libération du peuple sahraoui), et que les Sahraouis sous administration marocaine soutiennent l’État… Alors en 2010 (voir ci-contre), nous avons montré que tous les Sahraouis sont unis derrière le Polisario et qu’il n’y aura pas d’autre alternative qu’un référendum d’autodétermination. Mais cette action pacifique d’un peuple pacifique a suscité le 8 novembre 2010 une intervention militaire contre un campement de trente mille civils sahraouis. Le Maroc, aujourd’hui, continue à nous emprisonner de façon illégale –y compris selon la loi marocaine -et bénéficie du soutien direct du gouvernement français qui bloque, au sein de l’ONU, toute tentative de résolution du conflit.

Le conseil municipal d’Ivry vous a nommé citoyen d’honneur mais, au-delà, que peut-on attendre de la solidarité internationale ?

Le fait qu’Ivry me reconnaisse comme l’un de ses citoyens est un geste extraordinaire montrant que l’on est dans un monde où les gouvernements ne représentent pas les peuples ! Je salue de tout mon cœur les Ivryens, et je crois que cette initiative va contribuer à lever ce silence que le Maroc essaie d’imposer contre la légitimité de la cause sahraouie. Les grandes puissances ‑ et principalement la France et l’Espagne - ont l’obligation de jouer un rôle de facilitateurs entre le Maroc et le Polisario pour déboucher sur un temps de stabilité et de paix où tous les peuples puissent cohabiter. Ce que nous demandons, c’est le respect de notre droit à l’autodétermination. C’est à nous de choisir notre destin à partir d’un référendum juste et équitable. Nous sommes en prison pour ça, pas pour autre chose !

Propos recueillis par la rédaction

 

Téléchargez la délibération du Conseil Municipal du 17 mai 2016 élevant Naâma Asfari au rang de citoyen d'honneur d'Ivry-sur-Seine

Bio express

Naâma Asfari est né en 1970 au Sud du Maroc de parents nomades sahraouis. Son père subi une disparition forcée de 1976 à 1991, sa mère brièvement en 1978. Diplômé en droit international, il est marié à l’Ivryenne Claude Mangin-Asfari et est cofondateur du Comité pour le respect des libertés publiques et des droits de l’Homme au Sahara occidental (Corelso).

 

Repères

1976
Après le retrait des colons espagnols, le Front Polisario proclame la République arabe sahraouie démocratique. Début de la guerre avec le Maroc qui envahi le Sahara occidental.

1991
Cessez-le-feu. L’ONU envoie une mission en vue d’un référendum d’autodétermination que le Maroc refuse.

7 novembre 2010
Naâma Asfari, qui participait au « camp de la Dignité » de Gdeim Izik, est enlevé et torturé par les forces de sécurité marocaines.

8 novembre 2010
Lors de l’évacuation forcée du camp de Gdeim Izik, neuf soldats marocains sont tués.

Février 2013
Naâma Asfari est condamné à trente ans de prison pour la mort des militaires survenue… le lendemain de son arrestation.

1er mars 2016
Avec douze codétenus, il entame une grève de la faim.

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