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Ravin des Carrières (Bois-le-Prêtre), repas de fantassins dans un boyau, mars 1916. © Jacques Agie/SPA/SPCA/ECPAD

« Nous étions encore à 3 km de la tranchée que l’on commence à pleurer, ça pique les yeux et la gorge et pour nous finir d’abrutir : un bombardement. Terrible. Nous étions fous, je ne savais pas si j’en reviendrais. […] Nous sommes restés six jours et nuit, face à face, tout en faisant une autre tranchée avec un temps de chien, toujours de l’eau et remplie de boue et couchés dedans. » Dans cette lettre* datée du 27 juin 1915, l’Ivryen Camille Pigier, 31 ans, artisan, décrit l’âpreté des combats de la Première Guerre mondiale : les tranchées, les obus, les gaz chimiques, la peur. Quelques heures après sa missive, le soldat est tué laissant ce témoignage, poignant et emblématique.

Ce récit figure dans l’exposition Des Ivryens au front (1914-1918) réalisée par le service municipal Archives-Patrimoine. Elle sera inaugurée sur les grilles du parc Maurice Thorez ce 11 novembre, jour de la commémoration du centième anniversaire de l’armistice. Tout en rappelant le contexte historique général, les vingt-quatre panneaux retracent les parcours individuels d’Ivryens comme celui de Camille Pigier, mais aussi des trajectoires moins connues telles que celles des soldats envoyés sur le front oriental.

« La guerre de 1914-1918 est un traumatisme encore ancrée dans la société française, analyse Aurélien Coutier, chargé des actions de médiation et de valorisation des fonds. Toutes les familles ont été touchées en raison du nombre de morts et de blessés. Cent ans après, tout le monde sait ce qu’est un Poilu ou une gueule cassée. » Particulièrement meurtrier, le conflit fit en effet 1,5 million de victimes en France, en quatre ans, dont 1 810 à Ivry. 

Des photographies particulièrement fortes illustrent l’exposition. Elles sont issues des collections de l’Établissement de communication et de production audiovisuelle de la défense (ECPAD) situé au Fort d’Ivry ainsi que des données recueillies pour le Mémorial d’Ivry (lire ci-contre). Ne manquez pas celle des jeunes conscrits qui rejoignent leur caserne, avec une petite valise ou un simple baluchon, déjà surpris et effrayés par le destin qui s’annonce.

Catherine Mercadier

*Il s’agit d’un extrait retranscrit avec corrections.

Commémoration du 11 novembre 2018

À 10h
Cérémonie commémorative devant le monument aux morts de la Grande Guerre au cimetière ancien (rue Bernard Palissy) avec la participation de l’harmonie du Conservatoire municipal de musique, en partenariat avec l’Union locale des anciens combattants (Ulac).

À 11h
Départ en cortège vers le parc Maurice Thorez (avenue Georges Gosnat) au son des cloches de l’église Saint-Pierre Saint-Paul, en écho aux carillons qui ont retenti à l’annonce de l’Armistice le 11 novembre 1918 à 11 h précises.

À 11h15
Dévoilement de l’exposition à 11 h passées, dans la foulée, sur les grilles du parc Maurice Thorez (av. Georges Gosnat).

Précisons qu’un catalogue rassemblant l’actuelle exposition 1914-1918. Des Ivryens au front ainsi que celle réalisée il y a quatre ans La Grande Guerre à l’arrière, Ivry-sur-Seine 1914-1918 est disponible aux Archives municipales, en mairie.

La cérémonie sera précédée d’un dépôt de gerbes au monument aux morts du cimetière nouveau situé rue Gaston Monmousseau. Départ en car de la mairie à 9h20.

Mémorial d'Ivry : une deuxième vie

Le 11 octobre dernier, Claude Canniaux, 83 ans et Jean-Pierre Klein, 61 ans, (qui a posé une demi-RTT spécialement pour l’occasion) participent comme presque tous les mois à l’atelier « Mémorial d’Ivry » dans les locaux des Archives municipales, en mairie. En compagnie de deux agents du service, Emmanuelle Cardona et Nathalie Lheimeur, ils cherchent à retracer la biographie des Ivryens tués durant la Première Guerre mondiale. Par le biais de sources accessibles en ligne telles « Mémoires des hommes » mais aussi différents registres et actes d’état civil, ils établissement des fiches qui seront mises en ligne sur le site municipal Mémorial d’Ivry.

« Il y a cent ans, la mémoire s’inscrivait dans la pierre, sur les monuments ou dans les livres, explique Michèle Rault, conservatrice en chef du patrimoine. Aujourd’hui, on peut aller plus loin grâce aux outils numériques. » Les trois-quarts des 1 810 soldats de la commune tués lors de la Grande Guerre ont désormais une famille, une profession, un parcours militaire… parfois une image, grâce au travail du service ainsi que celui d’une vingtaine de contributeurs ivryens. « C’est un hommage que nous rendons à ces hommes, souvent très jeunes, pour qu’ils ne meurent pas une deuxième fois », confie Jean-Pierre. Vous pouvez découvrir leurs histoires en pianotant memorial.ivry94.fr sur votre ordinateur.

Catherine Mercadier

Renseignements sur les ateliers « Mémorial d’Ivry » au 01 49 60 25 63.

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