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© Mairie d’Ivry-sur-Seine - Frédéric Iriarte

« Suite à l’alerte qu’a donnée la Cgt cet été au sein de l’hôpital Charles-Foix, nous avons souhaité engager un processus plus global, plus citoyen, a indiqué d’entrée le maire Philippe Bouyssou. Les effectifs extrêmement réduits à certains moments mettent en danger non seulement les conditions de travail des agents mais aussi les conditions d’accueil des personnes âgées. »

Réunie en salle du conseil, ce soir du 6 décembre, une centaine de personnes ont répondu à l’appel du maire, de l’ensemble des élus qui soutiennent l’hôpital, de la Cgt Charles-Foix et du Comité ivryen pour la santé et l’hôpital public à se mobiliser. Une initiative qui intervient après les nombreuses démarches de soutien engagées par les élus. « Nous avons écrit à Martin Hirsch, directeur général de l’AP-HP, a rappelé Philippe Bouyssou. Il nous a fait tardivement une réponse polie et technocratique qui ne répond à pas grand-chose. » Au conseil municipal de septembre, un vœu unanime exigeant la création pour Charles-Foix de 30 postes d’infirmiers et de 20 postes d’aides-soignants a également été voté.

« Ce soir, l’objectif est d’échanger sur la situation de cet hôpital qui fait vraiment partie de l’histoire de notre ville, a annoncé Philippe Bouyssou. Nous avons encore en mémoire notre bataille pour tenter de sauver la maternité Jean Rostand… L’objectif est aussi de réfléchir comment continuer cette mobilisation et la faire grandir. Cette réunion se déroule à un moment où une colère très forte, légitime, un mécontentement populaire s’exprime dans tout le pays. »

Infirmières, aides-soignants…Le personnel de l’hôpital Charles Foix est venu une nouvelle fois dénoncer son manque inacceptable de moyens et réclamer de toute urgence des conditions de travail normales pour soigner les personnes âgées dans la dignité.

« Il est devenu essentiel de ne plus laisser passer les pressions sociales et la casse du service public, a réclamé Nolwenn Cotel, aide-soignante, secrétaire générale Cgt de Charles-Foix. À Charles-Foix, l’hôpital est malade. Les soignants sont épuisés, physiquement et psychologiquement. Cela est dû à la gestion de l’hôpital comme une entreprise. Depuis cet été, nous nous battons contre le manque d’effectif d’infirmiers et d’aides-soignants et ses répercussions indignes sur la prise en charge des patients. Il y a urgence !  Nous faisons appel au soutien des usagers et à leur mobilisation pour sauver notre hôpital et note système de santé.»

Hélène Derrien, présidente de la Coordination nationale des comités de défense des hôpitaux et maternités de proximité, a notamment rappelé que sur l’AP-HP, 600 à 800 postes sont supprimés tous les ans : « On mène une politique d’austérité depuis des années avec une diminution des budgets publics au nom de la soi-disant dette publique. Il s’agit tout simplement d’une orientation politique pour toute l’Europe et qui vise uniquement à marchandiser une grande partie de nos services publics et de notre système de protection sociale. »

« Nous avons écrit à Martin Hirsch pour lui demander un rendez-vous, relate la députée Mathilde Panot. Dans la première partie de sa lettre de réponse, il nous dit que tout va bien à Charles-Foix. Mais dans la seconde partie, on apprend que pour palier les problèmes « ponctuels », il est fait recours à 200 missions d’intérim chaque mois ! Il faut écouter ce que vivent les soignants, ce que vivent les patients aujourd’hui et qui ne sont  plus traités comme des humains. »

« La revendication de 70 postes par les personnels de Charles-Foix est légitime ! s’est exclamé le sénateur Pascal Savoldelli. Le regroupement des établissements, c’est diviser et éclater le personnel de l’AP-HP, et à terme, on va faire exploser son unicité sur le territoire national. Alors que le droit de se soigner est un droit fondamental. Cela va ouvrir à un partenariat privé-public. Derrière, c’est un processus rampant de privatisation. »

Une habitante a témoigné avec émotion de l’hospitalisation de sa mère à Charles-Foix depuis le mois de juin en lisant une lettre adressée à la ministre de la Santé, Agnès Buzyn. Un courrier dans lequel elle relate les mauvaises conditions de travail pour les soignants et d’accueil pour les patients : « Je ne peux accepter que le bien-être et la santé de nos parents soient sacrifiés du fait d’une logique mathématique ! Il est déjà très dur de constater la perte d’autonomie de nos parents. Alors oui, toute cette attention, ces soins, cette présence auprès des nôtres est indispensable et extrêmement rassurante. Je pense que l’hôpital est en danger. Les personnes âgées sont ainsi victimes d’une maltraitance institutionnelle mais ne méritent-elles pas notre protection ? La santé des personnes âgées n’est pas négociable. »

Après deux heures de riches échanges, il a été décidé de lancer une pétition citoyenne pour la défense de Charles-Foix. Une lettre ouverte aux familles devrait par ailleurs être rédigée par des enfants de parents hospitalisés à Charles-Foix. Une prochaine réunion publique devrait se tenir fin janvier-début février pour faire le point sur l’avancée de la mobilisation. La mobilisation se poursuit.

Sylvie Moisy

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