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Attention le débat prévu à 18h30 est annulé, la projection du film « Tremblements » est maintenue à 20h au Luxy.
Communiqué de presse

IMV Hebdo : Quel est l’objet de la rencontre que vous proposez ?

Édouard Louis : L’idée est d’organiser une discussion sur les homosexualités et les personnes LGBT dans les quartiers populaires et dans le monde rural en partant du concret, du vécu.

Notre objectif est aussi de créer une alliance des luttes. On ne règlera pas les questions d’homophobie en parlant des violences policières et on ne réglera pas la question des violences policières en parlant d’homophobie. Mais il y a quelque chose de nouveau et de radical à poser ces questions ensemble, au même moment, de voir où elles peuvent se connecter. Cette notion d’alliance est politiquement plus radicale que celle de convergence des luttes dans laquelle une hiérarchie se reconduit toujours systématiquement : l’alliance des luttes, c’est refuser de hiérarchiser les combats .

Assa Traoré : Le livre que nous avons écrit avec Geoffroy de Lagasnerie, Le Combat Adama est le contre-manuel de ce que fait l’État. Nous parlons des alliances que nous avons faites autour de ce combat contre les violences policières. Ton combat, c’est ton combat, on le respecte mais on y va ensemble, contre les discriminations, quelles qu’elles soient. Que tu sois homo ou pas, musulman, que tu aies les cheveux verts ou rouges, on y va. La question est de s’autoriser à aller sur ces différents combats sans avoir peur de se sentir rejeté.

IMV Hebdo : Pourquoi la question de la masculinité est-elle si centrale dans vos écrits ?

Édouard Louis : On ne peut pas aujourd’hui repenser une politique radicale sans poser la question du genre et de la masculinité dans son rapport aux classes. Un des grands principes moteurs de l’homophobie, c’est la différence de genre. Comme si l’homosexualité était une transgression de la structure de genre. Comme si la femme lesbienne ne respectait pas son genre, comme si l’homme gay efféminé ou pénétré et ne respectait pas son rôle d’homme.

Mon père par exemple avait un corps de classe qui était entièrement défini par sa masculinité. Pour lui, être un homme des classes populaires, cela voulait dire refuser ce qui lui apparaissait comme les corps efféminé de la bourgeoisie. Bien-sur, la question de la masculinité n’est pas la même pour un ouvrier blanc ou pour un homme noir. Il y a du côté des structures de l’État une idée selon laquelle la masculinité des jeunes Noirs ou Arabes serait toujours dangereuse, ce n’est pas le cas de la masculinité des hommes blancs qui n’est pas perçue comme telle. Nous essayerons de poser ces questions avec Assa.

Assa Traoré : Si mon frère s’est fait tuer, c’est qu’il s’appelle Adama Traoré, qu’il est Noir et qu’il vient d’un quartier populaire. On tue ce corps-là, on asphyxie ce corps-là dans l’espace public. Un corps qui n’est pas considéré comme pouvant participer à une quelconque construction. La France a toujours caché son histoire sur l’esclavage. Depuis ce temps-là, le corps noir est considéré comme pouvant supporter toutes les misères, toutes les douleurs. On fantasme le corps noir. Le corps de l’homme noir est nuisible, il faut l’abattre. Et le corps de la femme noire est un fantasme sexuel pour le colon blanc.

IMV Hebdo : Que pensez-vous du fait que des mouvements sociaux comme celui des gilets jaunes aient été taxés d’homophobie et de racisme ?

Édouard Louis : Bien sur qu’il y a eu des paroles homophobes et racistes, et il faut les combattre. Mais s’il y a de l’homophobie ou du racisme au sein du mouvement des gilets jaunes, il faut lutter contre l’homophobie et le racisme, pas contre les gilets jaunes. Qu’avaient fait contre le racisme et l’homophobie tous les commentateurs indignés ?

Il faut échapper à cette double alternative systématique qui est de dire que les gens qui souffrent sont homophobes et racistes ou au contraire que ceux qui souffrent sont nécessairement meilleurs. Comme s’il y avait une authenticité supplémentaire dans le monde rural ou les quartiers populaires. Ces deux discours fonctionnent ensemble, ils sont complices.

Propos recueillis par Thomas Portier

Journée contre les LGBT-phobies
Débat avec Assa Traoré, Édouard Louis, Geoffroy de Lagasnerie, Julia Boyer militante transgenre, le journaliste Pierre Jacquemain et des associations partenaires, suivi de la projection du film Tremblements de Jayro Bustamante
Le 14 mai à 18h30 au cinéma Le Luxy : 77 av. Georges Gosnat. 0 72 04 64 60.

Bio express d'Assa Traoré et d'Édouard Louis
2013 : Pierre Bourdieu : l’insoumission en héritage, sous la direction d’Édouard Louis (PUF).
2014 : En finir avec Eddy Bellegueule, d’Édouard Louis (Seuil).
19 juillet 2016 : Adama Traoré, frère d’Assa, meurt asphyxié lors d’un contrôle d’identité.
2016 : Une histoire de la violence d’Édouard Louis (Seuil).
2018 : Qui a tué mon père, d’Édouard Louis (Seuil).
2019 : Le Combat Adama, d’Assa Traoré et Geoffroy de Lagasnerie (Stock).

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