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Les lycéens de Romain Rolland ont de la chance. Après Claire Simon et Premières solitudes en 2017, Jean-Gabriel Périot a aussi réalisé un long métrage avec eux : Nos Défaites, qui a reçu le prix de la Confédération internationale des cinémas d’art et d’essai (CICAE) au dernier Festival international du film de Berlin. © DR

« Non, je ne rentrerai pas là-dedans, je remettrai plus les pieds dans cette taule, c'est trop dégueulasse ! » Devant l'entrée d'une usine, une ouvrière se rebelle, refuse de reprendre le travail après les grèves de mai et juin 1968*. Cinquante ans plus tard, en 2018, cette scène est rejouée par des lycéens de Romain Rolland. Elle figure dans le nouveau long-métrage Nos Défaites de Jean-Gabriel Périot qui a été salué au Festival international de Berlin cet hiver. Le 6 octobre, il sera présenté en avant-première au Luxy avec toute l'équipe : des professionnels et des lycéens.

C'est à l'invitation de la Ville, via son cinéma municipal, que ce film a vu le jour grâce au partenariat que mène depuis longtemps l’équipement public avec la classe de première littéraire, option cinéma. Dans ce cadre, un réalisateur vient tous les ans réaliser un court-métrage avec les élèves qui choisissent d’être devant ou derrière la caméra. Le sujet du film naît de cette rencontre.

« Je leur ai montré une trentaine d'extraits de documentaires de styles différents. Je me suis rendu compte qu'ils étaient sensibles au cinéma politique et engagé des années post-68 qu'ils ne connaissaient pas, se rappelle le cinéaste. Finalement, ils ont retenu huit scènes et je leur ai demandé de les réinterpréter. » S'ensuivent des interviews avec les jeunes acteurs sur les classes sociales, la grève, l'engagement, le bonheur... Les thèmes portés par Mai 68.

Changer le monde

« Quand des adolescents ne savent pas ce qu'est un syndicat ou la révolution, même française, je considère qu'il y a un échec collectif des adultes dans la transmission d'une culture sociale et politique, et de cet événement émancipateur qu'est Mai 68, analyse-t-il. Voilà pourquoi mon film a pour titre Nos Défaites. C'est quand même un des rares moments de notre histoire où la société a voulu changer le monde ! »

Puis en décembre 2018, alors que le tournage est terminé, un chapitre inattendu va s'écrire. Des policiers diffusent alors sur les réseaux une vidéo montrant des élèves du lycée de Mantes-la-Jolie agenouillés les mains sur la tête. « C'est d'une violence inouïe, le summum de la répression policière ! J'ai rappelé les lycéens d'Ivry pour recueillir leurs réactions. » À ce moment-là, ils bloquent eux aussi leur établissement, dénonçant la réforme du bac, Parcourssup. À des tags dans l'enceinte, la proviseur réplique en appelant la police et en déposant plainte. « Mettre en garde à vue des gamins de 17 ans pour avoir tagué ou mis le feu à des poubelles, c'est former des citoyens qui vont être dans une défiance complète vis-à-vis des représentants de l'État ! Mais six mois après avoir quitté les lycéens ivryens, je les retrouve dans l'action, ayant gagné en maturité, affirmant que l'important, c'est le combat pas les victoires ! Les défaites apprennent à être plus forts, plus conscients. » Le film s'achève alors sur ce bel espoir.

Catherine Mercadier

*La scène renvoie au documentaire La Reprise du travail aux usines Wonder, tourné en 1968 par des élèves de l'Institut des hautes études cinématographiques (Idhec).

Le 6 octobre à 17h, Nos Défaites au cinéma Le Luxy (77 Avenue Georges Gosnat - 01 72 04 64 60).

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« Notre histoire à écrire »

Ghaïs, 19 ans
« C'était une superbe expérience de travailler avec Jean-Gabriel Périot. On a eu la chance de participer à toutes les étapes de fabrication : de l'écriture au tournage en passant par la production. On est même allé au Festival du film de Berlin !
Je préfère le film avec la fin qu'il a rajouté au moment du blocus du lycée car elle montre la mobilisation des élèves, c'est moins pessimiste. J'ai fait partie de ceux qui ont été perquisitionnés et mis en garde à vue suite à des tags dans l'enceinte du lycée.
Nous avons agi pour que la proviseur retire sa plainte, ce qu'elle n'a pas fait. Mais ce n'est pas un échec pour moi, c'est une victoire car nous avons reçu beaucoup de soutien et créer un collectif avec des élèves, des professeurs, des parents.
Mai 68 est une histoire importante, mais nous, les jeunes, nous devons écrire notre propre histoire, lutter à notre manière. 
»

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