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Quatre jours après l’arrestation musclée de leur camarade, samedi, une soixantaine d’élèves du lycée Romain Rolland, accompagnés de parents, se sont réunis ce mercredi matin devant la mairie d’Ivry. Tous ont été choqués et émus par la vidéo de l’interpellation qui a tourné sur les réseaux sociaux : on y voit un adolescent de 17 ans menotté à terre par les policiers, puis poussé vertement dans la voiture de police dans laquelle il refusait d’entrer. Un de ses camarades, qui tentait de s’interposer, a été, lui, gazé à bout portant. Tout est parti d’un contrôle d’identité après que les deux jeunes, juchés sur le même vélo, aient grillé la priorité au véhicule de police.

« Pouvoir aller au lycée sans avoir de problèmes avec la police »

 « Nous avons attendu toute la journée du samedi qu’il soit relâché, à 19h, avec des chefs d’accusation, raconte Amayas, élève de terminale. Il est resté onze heures en garde à vue ! Lundi, nous avons décidé de bloquer le lycée, puis nous avons fait une assemblée générale mardi. Du coup, on se rassemble aujourd’hui devant la mairie pour que ça se sache, que ça s’arrête, et qu’on puisse aller au lycée sans avoir de problèmes avec la police. »

La mère de l’élève gazé, présente au rassemblement, est encore sous le choc : « Un samedi matin… Les policiers savaient très bien que ces élèves allaient en cours ! Mon fils était choqué de voir son camarade brutalisé, il voulait juste qu’ils arrêtent de le taper et il s’est fait gazer. Il a eu sept jours d’arrêt par le médecin mais a décidé d’aller quand même en cours. Nous, les parents, soutenons le blocus. La police, plutôt que de surveiller des lycéens, ferait mieux de s’occuper d’autre chose ! »

« Un marteau pour écraser une puce »

Le maire Philippe Bouyssou s’est adressé aux lycéens et aux parents présents devant la mairie, ce mercredi, pour un message d’apaisement et de soutien. « Cela fait suite à tous les événements qui ont eu lieu l’année dernière autour du mouvement contre la réforme des lycées. Du coup, ça dégrade considérablement le rapport de ces jeunes avec la police et ça nous préoccupe beaucoup. On suit la situation avec beaucoup de vigilance », déclare-t-il.

Notamment celle des trois jeunes mineurs interpellés l’an passé et mis en examen pour des tags « Macron démission » sur la façade de Romain Rolland. « Ce sont des faits qui nous apparaissent mineurs au regard de ce qu’est la délinquance en général, estime Philippe Bouyssou. C’est un marteau pour écraser une puce. Ces jeunes doivent pouvoir mener leurs études et construire leur parcours de formation autrement que dans ce contexte conflictuel. La meilleure réponse qu’ils puissent apporter, c’est de réussir leurs études. En même temps on ne laissera rien passer du point de vue d’une forme de brutalité de la police à l’égard de ces jeunes. » « Romain Rolland est un lycée calme, qui va bien. Les violences policières empêchent les lycéens de se focaliser sur leurs études ! », indique de son côté Méhadée Bernard, adjointe en charge des affaires scolaires. Tous se réjouissent en tout cas des relations avec la nouvelle proviseure du lycée, qui a assuré les élèves de son écoute et de son soutien. Le lycéen interpellé samedi est, pour sa part, convoqué le 18 mars prochain devant le juge des enfants pour outrage à personne dépositaire de l'autorité publique et rébellion.

Philippe Gril

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