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ÉPISODE 1La troupe La Camera delle Lacrime, qui présente le 17 novembre au théâtre Antoine Vitez Les Cercles de l’Enfer, a invité les chœurs adulte et enfant du conservatoire municipal. Trente adultes et trente enfants vont donc monter sur scène et participer à ce spectacle inspiré de l’Enfer de Dante, qui mêle chants et poésie. Tout cela en langue étrangère et avec un minimum de répétitions avec la troupe. Un vrai défi pour ces chanteurs amateurs. Nous les avons suivis, des premières répétitions au spectacle.

Samedi 12 octobre. Première répétition à la Maison de la citoyenneté

Quoi de mieux, alors que l’automne libère ses premiers frimas, qu’une plongée vers les flammes de L’Enfer ? Nous sommes à un peu plus d’un mois du spectacle, et c’est la première fois que les adultes et les enfants du chœur du conservatoire répètent avec Khaï-Dong Luong, le metteur en scène, et son acolyte, le ténor Bruno Bonhoure. La première… et la dernière fois tous ensemble avant la « générale », prévue la veille du spectacle. Le temps est compté, alors à peine le temps de s’installer et déjà l’on se met au travail après de rapides présentations. « Tout d’abord, nous allons apprendre le vocabulaire de geste, parce qu’évidemment le jour du spectacle, on ne pourra pas parler », explique Bruno Bonhoure. Doigts devant les yeux, c’est « Regardez-moi ! », bras ouverts c’est « Tous ensemble ». Les enfants sont devant, les adultes derrière. Tous sont concentrés pour appréhender et répéter chaque geste du ténor, qui leur fait face. Une répartition se fait entre chanteurs pairs et impairs, selon leur position. Tout cela apparaît quelque peu confus. « C’est comme un film : on prend un bout, puis un autre, et après on fait un montage », tente de rassurer Khaï-Dong.

Puis très vite, on chante. « Potestatem, dissolvit… ». Et là, miracle ! Malgré la difficulté du texte, le chœur répond du tac au tac. Les enfants surtout, âgés de 5 à 11 ans, semblent presque au point, sans même l’aide d’une partition. « Nous avons commencé les premières répétitions de notre côté depuis mi-septembre », explique Olivia Lemblé qui dirige le chœur enfant du conservatoire. Un site Intranet, alimentée en tutoriels vidéos par la troupe du spectacle, permet également au chœur et à chacun de ses membres de travailler de son côté, à tout moment. Heureusement ! « Il y a très peu de répétitions avec le chœur adulte et Bruno Bonhoure, poursuit Olivia. C’est très tendu comme travail. Mais les enfants sont motivés par cette musique, très rythmique. Ils adorent ! »

Quand ils répètent les chants dans leur tête, on voit leurs lèvres bouger. Et ils tapent du pied pour garder la mesure. Bruno, lui, reprend les hommes du chœur adulte, un peu moins en place. « Les garçons, méfiez-vous des graves. C’est comme mettre le pied dans la gadoue : si on l’enfonce trop, la botte reste coincée. Soyez mesurés ». « Bien les "s" ! Maintenant, je veux la même qualité sur les autres lettres ! », exhorte-t-il. Tout en prodiguant ses conseils, le ténor saute, grimpe sur une chaise… On reprend, encore et encore, et l’alchimie s’opère. « Oui, c’est bien Ivry-sur-Seine ! », s’enthousiasme-t-il. Khaï-Dong acquiesce. La prochaine répétition, ce sera le 4 novembre avec le chœur enfant.

Lundi 4 novembre. Répétition avec le chœur d’enfants. Salle St Just du Conservatoire

« Oui, oui, oui ! Non, non, non ! (grave) Oui, oui, oui ! Non, non, non ! (aigu) ». Après quelques assouplissements des épaules et de la nuque, les enfants commencent à échauffer leur voix, aidés au piano par leur professeur, Olivia Lemblé. Il y a Marie, Aïssatou, Youssef, Gabriel, Inès, Giacomo, Louis, Aïcha… On retrouve Khaï-Dong Luong, casquette sur la tête, et le zébulon Bruno Bonhoure. Avant de commencer, Olivia prend la parole : « On est à une semaine du spectacle, alors on y va dans l’énergie ! »

Au milieu de la salle, Bruno a disposé des chaises pour symboliser la place qu’auront les trois musiciens qui joueront la musique médiévale. Il y a aussi la place du comédien-conteur Denis Lavant. Les enfants sont installés derrière sur trois rangées. « Il y aura des autocollants sur la scène pour nous indiquer notre place ? », interroge avec une pointe d’inquiétude l’un d’entre eux. Pour commencer, on répète l’entrée sur scène, toute en respiration. « Aaaaahhhhh (inspiration)… Ooooohhhhhhh (expiration)… ». Les enfants doivent jouer les âmes damnées que Dante croise à chacun des différents cercles de l’Enfer. Bruno les invite à venir frôler les chaises, à faire des grimaces. S’ensuit un « haka » qui, visiblement, plaît beaucoup aux enfants et les dynamise.

Après 45 minutes, place au chant. Les enfants sont déjà en place, on voit qu’ils ont déjà bien travaillés avec leur professeur, Olivia. Le ténor pousse les voix, transmet sa puissance vocale. L’énergie réclamée en début de répétition est bien là. « Bravo, c’est un plaisir de travailler avec vous ! », félicite Bruno. Chaque scène est répétée plusieurs fois et les informations à retenir sont nombreuses (le chœur sera présent sur scène près de trente minutes). Khaï-Dong rectifie sans se départir de son sourire et de sa bienveillance. Les enfants peuvent choisir certaines gestuelles et participent pleinement à la mise en scène. « Pour la fin de la séquence, on peut choisir de quitter la scène ou de prendre une posture terrifiante », propose Bruno. Allez savoir pourquoi, tous les enfants choisissent la posture terrifiante. Puis la sortie de scène se joue comme le jeu « 1, 2, 3… soleil ! ». On rit tant qu’on peut, car le jour J, interdiction de sourire. A-t-on déjà vu âme damnée joyeuse ?

Philippe Gril

Retrouvez l’épisode 2 dans le prochain hebdo, daté du 20 au 26 novembre.

Les Cercles de L’Enfer, par La Camera delle Lacrime : le 17 novembre à 16h au Théâtre Antoine Vitez, 1 rue Simon Dereure. Réservations : 01 46 70 21 55.

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