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Comme Nassima (à gauche), des habitants ont préparé des repas pour les rescapés au sein de la cuisine de la Maison de quartier. © Mairie d’Ivry-sur-Seine - Frédéric Iriarte

« On était des amis, comme des frères ! » Visage dévasté et voix étranglée, Youcef raconte l’incendie du 24 novembre rue Westermeyer où il a vu périr deux proches. À l’heure où nous publions le magazine, un troisième homme était hospitalisé, gravement brûlé. « Nous sommes de jeunes Algériens, en France depuis quelques mois, explique-t-il. Nous dormions dans la rue et nous avons trouvé cet immeuble.» Malgré la porte blindée et les fenêtres murées, ils ont réussi à pénétrer à l’intérieur par un interstice pour se mettre à l’abri. Mais quand le feu a pris, ils ont eu beaucoup de mal à s’en extirper. « Je dormais, mon ami m’a réveillé pour me sauver, mais il n’a pas réussi à sortir, c’est affreux. »

Du 24 au 27 novembre, Youcef ainsi qu’une vingtaine d’autres personnes ont été hébergés en urgence à la Maison municipale de quartier. L’équipement et le gymnase attenant sont répertoriés par la Ville comme centre d’accueil en cas de catastrophe. Les agents qui y travaillent ont été fortement engagés dans la gestion de la situation. Le Centre communal d’action sociale (CCAS) et la Direction régionale et interdépartementale de l’hébergement et du logement en Île-de-France (Drihl) ont organisé les secours et l’orientation des victimes. Parmi elles, trois mineurs non accompagnés mais aussi quelques familles avec enfants. « Avec mon mari et mon fils, nous avions un contrat de location depuis dix ans, raconte Leïla. Nous avons besoin d’un soutien psychologique. Dès que je ferme les yeux, je revois les deux corps qui ont été brûlés. »

DES VIVRES

Dès le soir du sinistre, des habitants se sont spontanément mobilisés pour apporter leur soutien, acheter de la nourriture, préparer des repas, apporter des vêtements. « Nous sommes beaucoup de femmes, en particulier des mamans de l’école Makarenko mais pas seulement, explique Estelle. Ici, l’entraide est une valeur forte ! » Des ventes de gâteaux ont été réalisées devant l’école Makarenko afin de recueillir des fonds. Le Secours populaire français a apporté des habits, les secouristes de la Croix Rouge ont proposé une première écoute avant que la cellule psychologique ne soit opérationnelle. Des commerçants ont fourni des vivres et la mosquée d’Ivry des repas le soir.

Le 27 novembre en fin d’après-midi, tous les rescapés ont quitté la Maison de quartier et ont été dirigés vers des foyers, et des hôtels en lien avec le Samu social. Là, différents services publics vont analyser leur situation en vue d’une éventuelle régularisation pour les personnes sans-papiers. « Ces hommes ont fui la misère de leur pays, ils n’ont pas eu d’autre choix que de venir ici, conclut Hinde, une femme du quartier. Ils veulent juste un travail et une vie décente ! »

Catherine Mercadier

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