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Woodstock, 18 août 1969 au matin. Jimi Hendrix monte sur scène et s’empare en solo de l’hymne national américain The Star-Spangled Banner (La bannière étoilée). Une version mémorable à la guitare électrique propulsée d’effets. Sa démarche n’est pas patriotique mais rebelle et provocatrice. C’est cet acte à la fois libertaire et libérateur qui a inspiré l’auteure Lydie Salvayre, prix Goncourt 2014, dans Hymne, récit proche de l’enquête biographique sur la vie de ce guitariste virtuose. Un roman qu’Isabelle Frûleux, comédienne, conteuse et chanteuse de la compagnie Loufried, met en scène dans un récit musical, du 16 au 31 janvier, au théâtre Antoine Vitez.

« À Woodstock, ce jour de 1969, Jimi Hendrix balaie bon nombre d’idées reçues, explique-t-elle. Il assume pleinement ce qu’il est. Oui, il est amérindien, oui effectivement il est noir. Et même si cela se voit moins, il est aussi européen. Et il va jouer devant un public blanc l’hymne américain, alors principalement joué par des Blancs pour des Blancs. C’est un acte d’une puissance !... Les musiciens noirs étaient parqués jusque-là dans la soul, le gospel… Jimi en grimpant sur scène a fait exploser tous ces cloisonnements ! »

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Après sa mise en scène orchestrale du poème d’Edouard Glissant Les Indes, puis son projet musical Frères migrants d’après Patrick Chamoiseau, Isabelle Frûleux clôture avec sa nouvelle création un triptyque qui fusionne les mots, la pensée et la musique. Un travail axé sur une manière de percevoir le monde par la relation, l’imbrication, la créolisation, l’ouverture, la décolonisation, la mondialité. Bref, le décloisonnement culturel, social et racial.

La mise en scène d’Hymne fait appel au conte intimement mêlé à la musique, ainsi qu’à la symbolique du tissage et non du métissage. La musique, signée du compositeur et contrebassiste cubain Felipe Cabrera, musicien émérite de jazz, s’inspire de Jimi Hendrix, cité en filigrane. En référence aux déplacements, à la déportation des peuples, des projections vidéos accompagnent symboliquement le récit musical.

« Vouloir figer les choses, les définir, les délimiter, dans ce mouvement perpétuel dans lequel nous vivons, est une aberration totale. Les frontières, que cela soit de la pensée ou des checkpoints, sont une absurdité ! »

Sylvie Moisy

Hymne, du 16 au 31 janvier, au Théâtre Antoine Vitez : 1 rue Simon Dereure. 01 46 70 21 55. theatredivryantoinevitez.ivry94.fr

Rencontre : Lydie Salvayre et Isabelle Fruleux sont les invitées du café littéraire le 25 janvier à 10h30. Entrée libre. Médiathèque du Centre-ville (152 avenue Danielle Casanova).

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