
Un plombier moustachu, un glouton et ses fantômes, un hérisson bleu, un rongeur électrique au pelage jaune... Voyez-vous de qui on parle ? Si Mario, Sonic, Pikachu et les autres vous sont familiers ou qu’à l’inverse les noms de ces personnages vidéoludiques ne vous évoquent rien, l’événement Pixels et plateaux proposé les 19 et 20 décembre par la médiathèque municipale est fait pour vous ! Une soirée et une journée sont en effet dédiées au jeu : jeux de société avec l’association Bingo ! et surtout jeux vidéo dans leur versant « rétrogaming » en partenariat avec l’association Metaleak.
Rétrogaming, parce qu’en un demi-siècle d’existence depuis la sortie du vénérable Pong en 1972, le jeu vidéo a une histoire qu’il convient de raconter. Considéré à ses débuts comme une curiosité technologique destinée aux plus jeunes ou aux passionnés, il est devenu la première industrie culturelle, générant plus de 192 milliards de dollars de chiffre d’affaires mondial par an (plus que le cinéma, la musique et l’édition).
« En France, on dénombre 32 millions de joueurs, ce qui voudrait dire qu’une fois exclus les très jeunes enfants et les personnes très âgées, près de 80 % de la population nationale jouerait, que ce soit sur des smartphones, consoles de salon ou ordinateurs », estime Alexandre "Mwaka" Dubé, président de Metaleak et de l’Union des associations e-sportives de France. Au-delà de sa popularité et de son succès commercial, le jeu vidéo a infusé toutes les strates de notre société : dans la rue (voir le street artiste Invader et ses imitateurs), dans nos usages éducatifs, nos imaginaires… Les univers des jeux eux-mêmes, leurs mécaniques et esthétiques inspirent même les autres champs culturels. On pense à la réussite de la récente adaptation en série télévisée de The Last of Us ou au questionnement philosophique sur l’humanité des « personnages non joueurs » du film Mondwest de Michael Crichton (États-Unis, 1973) décliné dans la série Westworld (2016-2022). On pourrait aussi gloser sur le genre musical chiptune (ou 8-bit music) ou du côté plastique sur le pixel art...
Borne d’arcade
Les vieux procès en diabolisation faisant du jeu vidéo une source d’isolement social ou la cause de comportements violents sont battus en brèche. Et il faudrait être de mauvaise foi pour en contester sa légitimité culturelle. « De la même manière qu’il existe des livres pour enfants et des livres pour adultes, des blockbusters et des films d’auteur, la palette des propositions vidéoludiques est désormais large, saluent en chœur les médiathécaires municipaux Samuel Maman et Jean-Michel Bidoc. C’est notre rôle de faire la médiation de l’offre pour les différents publics. » C’est tout l’enjeu des sessions R2 Jeu où chacun peut librement utiliser des consoles, mais où les médiathécaires préfèrent mettre en avant des jeux indépendants comme Absolum ou des classiques à la mécanique de jeu imparable comme Ray-man plutôt que les sempiternels SuperMario ou FIFA. Avec Pixels et plateaux, on pourra découvrir d’anciennes consoles, jouer sur une véritable borne d’arcade prêtée par le Département via le dispositif Mallapixels et évaluer l’évolution de la grammaire vidéoludique. Ça joue !
Thomas Portier
Pixels et plateaux : le 19 décembre de 18h30 à 21h30 et le 20 décembre de 10h30 à 12h et de 14h30 à 17h30 à la médiathèque du Centre-ville.