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Untitled (Gingko, Japan), l’une des photos exposée au Crédac, témoigne de la maîtrise technique de Jochen Lempert. © Mairie d’Ivry-sur-Seine - Alex Bonnemaison

Une constellation de particules blanches compose, sur le fond noir, un paysage cosmique. Ou peut-être s’agit-il d’une vue au microscope d’une quelconque étude de biologie… La photo, pourtant, n’a saisi ni voyage aux confins des frontières de l’espace infini, ni aventure intérieure au cœur du vivant. Les particules ne sont « que » les grains de sable d’une plage italienne. Et de grain, il en est particulièrement question dans l’exposition de Jochen Lempert au Crédac. Les tirages, réalisés par le photographe allemand dans son labo de Hambourg, produisent une impression de matière duveteuse sur les niveaux de gris des images. À moins que l’artiste de 62 ans n’ait préféré le tranchant du contraste entre noir et blanc.

Chaque jour, cet ancien biologiste sort avec son boîtier prendre quatre ou cinq clichés du monde qui l’entoure. Son sens de l’observation et du détail fait le reste. « Tout est question de vision, c’est tout l’enjeu de l’exposition en fait », souligne Jochen Lempert.

Métamorphoses

Ici, un buisson prend la forme d’une bête. Là, un phasme sur un rameau brouille la frontière entre animal et végétal… « C’est très banal ce que je prends en photo, estime l’artiste. Prenez ce paysage : de loin, il semble exotique, mais en s’approchant, on reconnaît des pigeons dans un arbre et on aperçoit les lettres de la devanture d’une entreprise. » Ailleurs, un jeu d’ombres fait apparaître un masque ou un crâne sur une porte en bois, sur laquelle se fond un papillon qu’on ne distingue que de très près.

Il y a quelque chose de ludique à chercher du regard des correspondances entre les formes, associations et métamorphoses. Et le choix de l’accrochage y est pour beaucoup. Les photos et l’espace entre elles ressemblent à une partition de musique. « Je réfléchis à la façon dont mes images réagissent par rapport à la salle d’exposition et comment elles interagissent entre elles », explique Jochen Lempert qui a apporté plus de 500 tirages pour en sélectionner une grosse cinquantaine sur place. « Pour moi, c’était une exposition d’hiver, raconte Claire Le Restif, la directrice du Crédac. Ne serait-ce que du fait que la lumière de cette saison, pauvre en UV, risque moins d’abîmer les tirages. Et comme Jochen se souvient de ce qu’on lui dit, il a choisi d’intituler son exposition en français Jardin d’hiver. »

On ne sait pas si le photographe allemand connaît la chanson homonyme d’Henri Salvador et ses paroles : « Je voudrais de la lumière / Comme en Nouvelle Angleterre / Je veux changer d'atmosphère / Dans mon jardin d'hiver. » Pas trace de Nouvelle Angleterre ici. Mais quelle lumière et quelle atmosphère !

Thomas Portier

Jardin d’hiver de Jochen Lempert, jusqu’au 29 mars au Crédac : Manufacture des Œillets, 1 place Pierre Gosnat. 01 49 60 25 06. credac.fr

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