
« On s’est mis en grève après Boulogne-Billancourt mi-mai 1968. Nous avons occupé l’usine pendant un mois. Nous allions nous promener à pied dans Paris, à la Sorbonne, et voyions les rues se dépaver et les pavés voler ! On essayait de comprendre ce qui se passait. Au début, on était méfiants à l’égard des étudiants mais on sentait qu’on allait gagner, on était tellement nombreux et unis ! » Avec son enthousiasme communicatif et sa gouaille de banlieusarde, Jacqueline Sanson, connue aussi sous le nom de son ex-mari Pensabene,nous avait raconté ses souvenirs de Mai 68.C’était en 2018, à l’occasion d’un article dans Ivry ma ville sur le cinquantième anniversaire des événements. Une période marquante dans sa formation politique. Ce 28 mars, elle est décédée à l’hôpital Gustave Roussy de Villejuif et sera inhumée le 8 avril à 14h30 au cimetière nouveau de Vitry. Des prises de paroles seront organisés au jardin des souvenirs.
Pointer à la SKF
Née à Paris en 1945, elle grandit à Vitry dans une famille nombreuse et commence à travailler à l’âge de 13 ans et demi, après son certificat d’études. Elle commence à être vendeuse sur les marchés, puis à Viniprix. En 1964, elle devient ouvrière dans l’usine de stylos-plume et d’encres Waterman, située en limite d’Ivry. Mais ce sont déjà les premières délocalisations, en province à cette époque et la première lutte collective. À la suite d’accords patronaux, Jacqueline Sanson est « recasée » en 1968 à la SKF, la fameuse usine de roulements à billes d’Ivry. « Quand je suis arrivée à la SKF, j’avais l’impression d’être chez moi, les bruits, les odeurs… et j’avais le bonheur de "pointer" ! Même si cela voulait dire que je dépendais d’un taulier, "pointer", c’était exister ! J’étais fière d’être ouvrière »avait-elle affirmé gaiement en 2018.
Ouvrière spécialisée « OS » pour commencer, au premier échelon, elle contrôle d’abord les pièces usinées « vérifiant si les billes rentraient dans les gorges de roulements à billes par exemple ». Puis elle devient monteuse : « Alors là, c’était intéressant ! Je me sentais investie d’une grande responsabilité, celle de la vie des gens. J’assemblais des pièces utilisées sur les gros camions Saviem. La pièce pesait 1,7 kg à elle toute seule !»
Jacotte
De cette expérience à la SKF, Jacqueline Sanson se rappelait aussi les conditions difficiles de travail pour les femmes, en particulier lorsqu’elles avaient leurs règles avec des sanitaires qui n’étaient pas adaptées (Voir la vidéo réalisée en 2025). Conseillère municipale durant cinq mandats de 1971 à 2001, elle a été adjointe au maire en 1977, déléguée à la santé et la condition féminine. Elle était militante pour le Parti communiste française et l’Union française des femmes (UFF). Au milieu des années 80, alors qu’elle ne travaille plus à la SKF, elle se mobilise pour l’usine menacée à son tour de délocalisation. La lutte durera deux ans.
« C’était une sacrée personne, elle aimait les gens et a passé toute sa vie à militer au parti communiste, à la CGT, se souvient son amie Michelle Jolly.Elle avait beaucoup d’humour. Je passais la voir tous les jours ces derniers temps, nous avions de nombreux points communs. On rigolait beaucoup ! Elle me téléphonait après et me disait : "Qu’est-ce qu’on a bien rigolé !!!" Qui n’aimait pas Jacotte ? »
Catherine Mercadier
Hommage à Jacqueline Sanson, le 8 avril à 14h30, cimetière nouveau de Vitry (75, rue Malleret-Joinville). Des prises de paroles seront organisés au jardin des souvenirs.
Voir le témoignage de Jacqueline Sanson, recueilli en avril 2025 (30 min)