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Les œuvres de Cynthia Lefebvre sont présentées dans la grande salle du Crédac, qui expose le travail de Pierre Creton jusqu’au 28 juin dans ses autres espaces. © Mairie d’Ivry-sur-Seine – Julie Subiry

Pour qui sonne le glas, les matines, l’angélus, le tocsin ou les douze coups de minuit ? En vérité, pour le monde entier et depuis des temps anciens. Le son des cloches a rythmé la vie de chacun, au quotidien (rappel des heures, des prières, de la fin de journée de travail) ou pour des événements plus exceptionnels (mariage, décès, alerte d’un danger). Et qu’est-ce qu’une cloche, sinon pour l’essentiel un bol ou un pot retourné ? C’est par ce renversement des objets qu’elle produit en céramique, « medium contradictoire, à la fois extrêmement fragile mais dont les objets dans lesquels ils sont faits ont traversé les millénaires », que la plasticienne Cynthia Lefebvre a fait de la cloche le motif central de l’exposition Quelques rayons d’attente qu’elle présente au Crédac. Un titre poétique qui évoque directement la question du temps long.

« L’attente, c’est celle de la saison à venir, explique l’artiste. Et une cloche reste plus longtemps silencieuse qu’à sonner. » Quant aux rayons, ils évoquent autant les rayonnages posés au sol contenant les sonnailles qu’elle a réalisées pour le troupeau de brebis de Thérèse Kohler, bergère sans terre de Dordogne (l’œuvre intitulée Saisons basses), que le soleil qui projette les ombres de 27 bâtons de Faire avec, les transmutant en cadran solaire. « C’est aussi une référence à la lumière d’hiver qui a accompagné la production de mes pièces de céramique ou de porcelaine », raconte celle qui apprécie l’atmosphère lumineuse de la grande salle du centre d’art.

Intersaison

Bols, pots, cloches ou grelots sont de couleurs blanche, grise, anthracite ou taupe. Des teintes intermédiaires, douces et terriennes qui « évoquent l’intersaison, un entre-deux, et amènent un trouble : est-ce du béton, du plâtre, de la pierre ? », note Cynthia Lefebvre qui a d’ailleurs accroché un discret nuancier sur un mur, comme à son habitude. Il émane de l’exposition quelque chose de suspendu et de calme, mais rien de figé puisque chaque objet, pour peu qu’on l’active, peut se muer en instrument sonore, comme le fera le percussionniste Charles Dubois le 7 juin. Et la vie et partout : dans l’écho du troupeau de Thérèse Kohler, diffusé en continu et que l’on voit en vidéo ; quand sonne la Fausse cloche suspendue du plafond, ou dans le film réalisé avec Louison M. Vendassi où s’expriment les patient·es du Centre médico-psychologique d’Ivry avec lesquel·les Cynthia Lefebvre a travaillé.

Et puis l’on touche à l’éternité avec la série des pots de Campaniformes (littéralement « en forme de cloche »), terme d’archéologie faisant référence à la culture du même nom qui s’est déployée entre les IIIe et IIe millénaires avant notre ère. Quelques rayons d’attente invite à prendre le temps, c’est-à-dire à la fois ralentir le rythme et se saisir de ce qu’il est : une mesure du changement.

Thomas Portier

Quelques rayons d’attente de Cynthia Lefebvre jusqu’au 28 juin au Crédac : Manufacture des Œillets, 1 place Pierre Gosnat. 01 49 60 25 06. credac.fr. Battements suspendus : performance du percussionniste Charles Dubois le 7 juin à 16h.

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