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La Cie Le Pas de l’oiseau, le pas pour l’ancrage et l’oiseau pour la légèreté, les pieds sur terre et la tête dans les étoiles. © Claude Mery

« Qu’est-ce que les campagnes ont à nous raconter ? interroge Christophe Adriani, directeur du théâtre. Cela nous intéresse beaucoup dans une ville comme la nôtre qui porte très haut les valeurs utopistes en milieu populaire urbain de faire écho aux imaginaires utopiques qui sont liés à des petits territoires ruraux. Et montrer qu’il y a plus de rapport entre banlieue et campagne qu’on le croit ! »

Ce premier week-end de juin, le théâtre Antoine Vitez invite à la réflexion en mêlant mémoire rurale et utopies collectives avec une programmation de théâtre-récit et de récit musical, conçue autour de Laurent Eyraud-Chaume, auteur, comédien, metteur en scène et co-directeur artistique de la Cie Le Pas de l’oiseau.

Pour cet artiste militant en territoire rural haut-alpin, nul doute qu’en campagne, il y a toujours eu une éducation populaire, comme à Ivry,« des manières de travailler en commun, une relation au monde, au vivre-ensemble, qui se matérialisent différemment mais qui sont portées par les mêmes valeurs d’émancipation humaine et de partage. Vivre ensemble à l’intérieur d’une communauté villageoise, c’est la même recherche qui est faite à Ivry dans les quartiers. La question du rapport à la ruralité traverse aussi les habitants des villes. On a tous des parents, grands-parents, arrière-grands-parents qui habitaient dans des villages. Chaque famille à un lien au monde rural, y compris et surtout celles issues de l’immigration. Il y a des résonnances étonnantes. »

L’art du récit

Le 6 juin, L’Héritage part d’une histoire vraie, celle d’un agriculteur qui lègue tout son patrimoine à sa commune, à condition qu’on y instaure le communisme.« C’est une histoire que j’ai entendue à la radio et dont, quinze ans plus tard, j’ai imaginé la suite, explique Laurent Eyraud-Chaume, seul sur scène pour conter cette fable. En implantant le communisme, les villageois trouvent dans leur réalité des choses qui existent déjà, c’est-à-dire de la solidarité, du faire ensemble. Car il y a dans le monde rural, des solidarités de communautés qui pourraient se rapprocher d’une certaine forme de communisme. »

L’Héritage parle de la mise en mouvement d’habitants qui se prennent en main et de leur émancipation dans le collectif rural qui libère.« On a une vision du monde rural souvent caricaturée, où les gens ne pourraient pas vivre librement parce qu’ils seraient sous la contrainte de la famille et enfermés dans quelque chose. Moi, je crois tout le contraire ! Je crois que le collectif peut libérer. Le fait d’être en lien avec ses voisins permet de vivre plus librement que chacun chez soi. Et en milieu rural, on est obligé de vivre avec ses voisins. On en a besoin quand il faut déneiger le chemin, sortir sa voiture de l’ornière… S’entendre avec ses voisins est un peu l’enjeu de L’Héritage. C’est une fable, un conte théâtral qui fête ses 15 ans au théâtre Antoine Vitez. »

Le 7 juin, place à Chaudun, la montagne blessée, « Une pièce qui a eu le coup de cœur des Ivryennes et des Ivryens qui nous ont accompagnés au festival d’Avignon, que nous avons partagée et programmée, » explique Christophe Adriani. Une pièce portée par Laurent Eyraud-Chaume accompagné du duo musical Vargoz, et adaptée du récit du journaliste Luc Bronner, qui raconte en mots et en musique le destin de ce village des Hautes-Alpes. Une commune abandonnée en 1895 par ses habitants qui meurent de faim pour cause de désastre écologique et ont eu le courage de vendre collectivement leur village à l’État pour migrer loin, en Amérique du Nord, en Argentine et au Chili, et vivre dignement.

« C’est une enquête très documentée menée par Luc Bronner, qui a été directeur de la rédaction au journal Le Monde et prix Albert Londres, originaire de Saint-Bonnet, un village de la vallée du Champsaur, juste à côté de chez mes grands-parents, confie Laurent Eyraud-Chaume. C’est une forme de récit en musique, un spectacle chargé émotionnellement. Chaudun s’inscrit dans ce phénomène de migration de Français qui meurent de faim et décident d’aller vivre ailleurs».

Et de poursuivre : « Sur la vallée, 5 000 personnes ont émigré à l’époque comme les migrants d’aujourd’hui, poussés par la pauvreté, la surpopulation, les difficultés à vivre. L’État français a racheté Chaudun et reboisé le territoire. Quelque 130 ans après, il y a sur ce site un retour du vivant. Ce spectacle a à la fois une thématique très locale et territoriale, mais ouvre aussi sur des questions mondiales de migration et d’écologie. »

Le week-end se conclura le dimanche soir par un bal populaire et rural avec le duo Vargoz et ses valses, polkas et rigodons, « une danse traditionnelle du Dauphiné pleine d’humour ». Et ainsi bien clôturer la saison !

Sylvie Moisy

Théâtre Antoine Vitez, 1 rue Simon Dereure. 01 46 70 21 55

Au programme d’Échos des campagnes !
- Le 6 juin à 18h, Éclairage au bar : Ruralités en partage avec Laurent Eyraud-Chaume ;
- Le 6 juin à 20h, L'Héritage ;
- Le 7 juin à 18h, Chaudun, la montagne blessée  ;
- Le 7 juin à 20h, bal rural et Rigodon avec le duo Vargoz.

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