
« Vous refusez que le conseil municipal soit placé sous le signe de la laïcité, il sera placé sous le signe de la croix dorénavant ! » Lors du conseil municipal du 11 juin, vers 22h30, après de nombreuses provocations*, Kevin Nader, élu Rassemblement national (RN), a brandi un crucifix et récité au micro la prière Je vous salue Marie. Il réagissait à l’adoption à la majorité du texte du règlement intérieur par l’assemblée communale, sans l’ajout de sa proposition qui visait à « interdire à l’élu local le port d’un signe ou d’une tenue manifestant ostensiblement une appartenance religieuse ».
Cette précision ciblait deux élues qui portent le voile. Le maire Philippe Bouyssou a qualifié de « scandale » cette attitude : « Je me disais que nous allions peut-être avoir du mal à dénoncer ce qu’est le RN dans ce pays et je dois vous remercier pour la caricature de l’extrême droite que vous offrez en un seul conseil. » Sur son compte Facebook, le maire a ajouté : « Le vernis de la normalisation du RN a craqué ».
C’est en raison des troubles à la tenue des débats suscités par la prière au micro que le maire Philippe Bouyssou a demandé au conseiller municipal Kevin Nader de quitter l’assemblée communale ce 11 juin. Le maire dispose en effet seul de la police de l’assemblée selon le Code général des collectivités territoriales (article L.2121-16). Devant le refus du conseiller municipal RN, le maire a levé la séance.
Deux jours plus tard, le 13 juin, dans une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux, le maire a précisé : « C’est bien cet élu qui a foulé aux pieds la laïcité, instrumentalisant la religion catholique à des fins islamophobes et sexistes, puisque c’est toujours la tenue des femmes qui est commentée. »
Neutralité et laïcité
À l’origine de cet incident, une confusion volontaire entre neutralité et laïcité. En effet, depuis la loi de 1905 séparant les Églises de l’État, les agents du service public, qui représentent l’État, sont tenus à la neutralité et doivent notamment s’abstenir de manifester leurs opinions religieuses (article L.121-2 du Code général de la fonction publique). Mais pas les élus municipaux, représentants du peuple dans sa diversité, lorsqu’ils débattent en assemblée communale. La laïcité n’a pas pour objectif de discriminer tel ou telle en raison de ses convictions religieuses, politiques ou philosophiques mais bien de garantir la liberté de croire ou de ne pas croire, sans aucune intimidation. Notons néanmoins que les élus sont tenus à la neutralité quand ils exercent leurs fonctions d’officier d’état civil, lors de la célébration d’un mariage ou de la présidence d’un bureau de vote.
Philippe Bouyssou a signalé l’incident au préfet du Val-de-Marne tout comme le sénateur Pascal Savoldelli.
Depuis, le maire et les élues de la majorité ciblées par cette attaque sont victimes de cyberharcèlement avec menaces de mort, injures sexistes, racistes, islamophobes et homophobes. Afin de débattre des points qui n’ont pu être traités le 11 juin, un conseil municipal a été programmé le 2 juillet à 18h30.
Catherine Mercadier et Thomas Portier
*Dénigrement des agents communaux, du budget des services publics municipaux, de la programmation du cinéma municipal Le Luxy
Non à la chaufferie de Vitry
Deux vœux contre la construction d’un incinérateur de déchets plastiques et bois traité à Vitry-sur-Seine dit projet Thermo-sur-Seine ont été adoptés le 11 juin.
À Vitry-sur-Seine, sur une emprise foncière de la Ville de Paris dans le secteur des Ardoines, un projet de chaufferie, dit Thermo-sur-Seine, a été acté par le Conseil de Paris. Il s’agit de brûler du bois peint et des combustibles solides de récupération (CSR) qui n’ont pas pu être recyclés : des restes de plastiques, textile... La vapeur dégagée par la combustion est récupérée pour alimenter un réseau de chauffage urbain parisien (et de 16 communes du Grand Paris). La majorité municipale ainsi que deux groupes d’opposition* ont présenté chacun un vœu demandant l’abandon de ce projet.
Pour le groupe GEM-Ivry en mieux, le conseiller municipal Laurent Monfret, a indiqué : « Nous voterons contre cette chaufferie aux combustibles solides de récupération car ils peuvent contenir des plastiques, des textiles, des composés perfluorés, des métaux lourds… Il y a une question de santé publique. » Quant à Bertrand Simonin-Lacroix, conseiller municipal du groupe Ivry avant tout, il affirme : « Nous, commune d’Ivry-sur-Seine, nous payons déjà notre tribut à l’évacuation des déchets avec le plus grand incinérateur d’Europe des déchets ménagers du sud-est francilien. »
Trop d’infrastructures polluantes
Au nom de la majorité municipale, l’écologiste Kheira Freih Bengabou, adjointe au maire, a rappelé : « La santé environnementale, personne ne s’en souciait ! Il a fallu des crises environnementales pour qu’il y ait une prise de conscience. Où était la droite quand le Département a supprimé des subventions sur la santé publique ? Où étaient les socialistes face au vote de mesures écocides comme l’autoroute A69 entre Castres et Toulouse ? Nous avons trop d’infrastructures polluantes dans le Val-de-Marne, territoire servant de Paris, mais qui est à la manœuvre sur la production de déchets ? Ce sont les grands industriels qui polluent et alimentent les incinérateurs ».
L’adjoint au maire Clément Pecqueux (Génération.S) a rappelé que l’Observatoire ivryen écocitoyen des connaissances des pollutions met les citoyens et les chercheurs au cœur de la démarche : « Il ne s’agit en aucun cas de se substituer à l’État et en particulier à l’Agence régionale de santé afin d’évaluer le risque pour les populations d’être surexposées à un cocktail de polluants. »
Le conseiller municipal Thomas Miele (NPA-L’Anticapitaliste) a rappelé les résultats de la dernière étude de l’ONG Toxico Watch qui avait révélé : « la présence de polluants organiques persistants dont des dioxines, des Pfas ce qui a poussé monsieur le maire à saisir l’ARS en septembre 2025. Nous avons toutes les raisons d’être inquiets car le projet de Thermo-sur-Seine implique de brûler du bois aggloméré, des résidus de colle industrielle… »
Simon Veissière, adjoint au maire (France insoumise) a salué le rôle majeur des associations telles Toxico Watch, Zero Waste France, le Collectif 3R dans le débat public : « Les militantes et les militants ont montré qu’une autre politique était possible : moins de déchets, davantage de réemploi et de recyclage, et donc moins d’incinération.Les habitants de Vitry et Ivry méritent un vrai débat démocratique, la transparence sur les risques sanitaires de ces installations, sur les particules émises, sur les alternatives existantes. »
Kevin Nader (Ivry avenir) a indiqué que l’incinération était moins pire que l’enfouissement. L’adjoint au maire Sébastien Scarpinato (Les écologistes) lui a rétorqué que l’alternative était aussi la réduction des déchets à la source.
Le maire Philippe Bouyssou a conclu qu’il voterait pour l’abandon du projet de l’incinérateur de Vitry, apportant son soutien au maire de Vitry. Il a rappelé que l’usine d’appoint de la Compagnie urbaine de chauffage urbain (CPCU), située à Ivry, serait bien démantelée : « La Ville de Paris nous met à disposition le terrain à titre gratuit pour poursuivre l’aménagement du parc des Confluences dans un objectif de compensation carbone. »
Deux des trois vœux contre la construction de l’incinérateur de Vitry - celui de la majorité municipale et celui du groupe GEM-Ivry en mieux - ont été adoptés.
Catherine Mercadier
*Les deux groupes d’opposition : GEM-Ivry en mieux et Ivry avant tout