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Lamya Kiouani et Nicolas Le Bescond, conseillers départementaux communistes, ont soutenus les grévistes, avec d’autres élus. © Mairie d’Ivry-sur-Seine – Julie Subiry

Devant l’entrée du dépôt de bus de Vitry-sur-Seine, la sono diffuse des morceaux entrainants. Des drapeaux rouges de la CGT flottent au-dessus d’une masse de manifestants discutant paisiblement. En ce jeudi matin 10 septembre, plus de 300 personnes se sont réunies pour une grève de 48 heures, perturbant fortement la circulation d’une quinzaine de lignes de bus (dont les 25, 125, 132, 180, 182, 323, 325 passant par Ivry) et du tramway T9. Cette mobilisation intervient dans un contexte de changement d’opérateur des lignes de bus qui desservent les territoires du sud parisien. Depuis le 1er août, la RATP, acteur public et historique, a transféré ses fonctions à l’entreprise Keolis détenue à majorité par la SNCF pour les sept prochaines années. Ce changement est la conséquence de l’ouverture à la concurrence des réseaux franciliens de bus mise en place par la Région Île-de-France depuis 2021*.

Avec une délégation du service public (DSP) découpée en une quarantaine de lots, ces réseaux de bus sont confiés à des opérateurs privés choisis sur appel d’offres qui doivent « offrir un meilleur service, que ce soit en termes d'offre de transports, de régularité, de propreté, ou encore d’information voyageurs », selon Île-de-France Mobilités (IDFM). Mais pour les grévistes, c’est tout le contraire qui est en train de se passer. « Des chauffeurs prennent leur poste sans avoir de bus disponible tandis que d’autres n’apprennent leur affectation que la veille au soir. On n’a jamais connu une telle désorganisation ! » précise Kamel Ghalmi, représentant de la section syndical CGT de la DSP 47. Si la direction de Keolis reconnait « qu’un changement d’opérateur amène beaucoup de changements, cette bascule ne doit pas s’évaluer au bout de seulement quelques jours. »

Dégradation systémique

Alors que les prises de parole s’enchaînent, l’attention se porte peu à peu vers la Région et sa présidente, Valérie Pécresse, à l’initiative de cette mise en concurrence. « La Région organise la dégradation systémique du service public », dénonce Fabien Guillaud-Bataille, conseiller régional et administrateur à IDFM. Dans la grande couronne où l’ouverture au marché est introduite depuis 2021, ce sont 6 000 courses de bus en moyenne qui sont supprimées chaque semaine. Philippe Bouyssou, maire d’Ivry a, quant à lui, rappelé sur les réseaux sociaux que « les transports en commun répondent à un besoin fondamental […]. Ils doivent donc rester un service public. » Plusieurs élus locaux de gauche et écologiques ont soutenus les grévistes dont les communistes ivryens Guillaume Spiro, Lamya Kirouani, Nicolas Le Bescond et le sénateur Pascal Savoldelli...

Si les problèmes de personnel relèvent des opérateurs, les soucis de matériels roulants sont du ressort de la Région. Les mécaniciens doivent souvent bricoler des réparations sur des véhicules vieillissants faute de pièces disponibles. Certains bus ont même roulé avec des défauts de freinage. Ces problèmes impactent bien évidemment la qualité du service apporté aux usagers. Entre 2021 et 2024, les agressions de chauffeurs ont ainsi augmenté de 102 %.

« Cette grève, on ne la fait pas seulement pour nos conditions de travail, précise Selma Labib, conductrice de bus. C’est aussi pour dénoncer la dégradation de l’offre et du service apporté aux usagers. » Selon un sondage IFOP-CGT-RATP de 2025, 63 % des Franciliens estiment que la privatisation n’améliorera pas le service. Après deux jours de grève, le dialogue s’est renoué avec la direction de Keolis qui a accepté certaines revendications des manifestants comme l’inconditionnalité d’une prime de mobilisation et l’accord sur les heures de délégation. Elle s’engage par ailleurs à accorder des points d’étape réguliers avec les équipes pour mieux organiser le service.

Weilian Zhu

*En vertu de la loi européenne « Organisation et Régulation des Transports Ferroviaires » (ORTF) de 2009.

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