813-actu-2--Rassemblement-familles-delogees-credit-Julie_Subiry-_18-09-2026-8203.jpg
Une mère de famille brandit une lettre du Samu social lui signifiant un arrêt de prise en charge. © Mairie d’Ivry-sur-Seine – Julie Subiry

« Bonjour, vous avez un changement d’hôtel vendredi 18/09 à Garges-lès-Gonesse. Vous recevrez l’adresse exacte au matin. Veuillez commencer à ranger vos affaires, vous devez quitter l’hôtel avant 12h. 115-94. ». C’est le texto qu’a reçu une maman d’élève de l’école de l’Orme au chat hébergée avec les siens dans un hôtel social d’Ivry. C’est le cas d’au moins sept familles logées au 33 rue Jean-Jacques Rousseau et 81 avenue Maurice Thorez. Ces immeubles faisaient l’objet d’une convention avec le 115-94, service intégré d’accueil et d’orientation départemental qui organise l’hébergement et l’insertion des personnes sans logement. Ces conventions n’ont pas été renouvelées, sans que l’on sache si cela est le fait des propriétaires ou du 115.

Reste que les conséquences sont désastreuses pour les familles, auxquelles le 115 a proposé des hébergements en Seine-et-Marne ou dans le Val d’Oise, souvent à plus d’une heure trente de transport des écoles, collèges ou lycées des enfants et des lieux de travail des parents. Les élus municipaux, la députée et le sénateur d’Ivry ont obtenu du préfet un sursis à cette décision, sans que leur en soit indiquée la durée. Le 18 septembre, élus d’Ivry, associations*, syndicats d’enseignants et de travailleurs sociaux, parents d’élèves se sont rassemblés en soutien devant le 33 rue Jean-Jacques Rousseau. Ayoub, 13 ans, témoigne : « Je suis en 4e au collège Molière. Cela fait quatre ans que je vis à Ivry. J’y ai tout mes repères, mes amis, mes respirations. Qu’une décision ruine des vies entières, c’est ignoble ! Je suis dans une telle angoisse ! Mais malgré cela, on essaie de résister. »

Vie décente

Lors du rassemblement, beaucoup sont en larmes. Le cas de chacun diffère, selon les situations administratives, la composition des familles, l’emploi, les conditions de santé, à l’instar de cet enfant handicapé suivi à Ivry et qui vient de subir une importante opération chirurgicale. Services municipaux et associations se mobilisent pour orienter au mieux chacune et chacun. « On ne cherche pas plus qu’à avoir une vie décente », insiste une mère de famille, passée par la rue en 2021 et qui a obtenu un titre de séjour il y a trois mois, épaulée par la députée Mathilde Panot. « Je suis fière de mon fils qui a obtenu son brevet des collèges avec une moyenne de 15,8 sur 20, déclare une autre. Mais il a peur pour son avenir. Nous voulons la stabilité pour nos enfants. Avoir un toit nous apaise, mais nous n’avons même plus ça ! » Pour le sénateur Pascal Savoldelli, « il y a non-assistance à enfants en danger ».

Pablo Krasnopolsky, porte-parole du Réseau éducation sans frontière 94 (RESF), renchérit : « La France bafoue la Convention des droits de l’enfant qu’elle a signée. Où est l’intérêt supérieur de l’enfant dans cette décision ? » Les adjointes au maire Fabienne Oudart (en charge des politiques éducatives) et Malika Zediri (en charge de la lutte contre la précarité, du logement d'urgence et résidences sociales et de l’accès aux droits) rappellent que « le conseil municipal a voté une délibération selon laquelle la municipalité se positionne contre les ruptures d’hébergement sans solution alternative pérenne, garantissant ainsi le droit des enfants à poursuivre leur scolarité et à bénéficier de conditions de vie dignes ». Un syndicaliste de SUD fustige les politiques gouvernementales d’austérité qui ont imposé « des coupes budgétaires terribles au Samu social ».

Les écoutants du 115 ont mené une grève de 57 jours cet été pour protester contre la suppression d'environ 850 à 1 200 places d'hébergement d'urgence (notamment en hôtels sociaux) et la dégradation de leurs conditions de travail. Racha Djichergui, 18 ans, membre du collectif Aucun enfant sans toit, résume le sentiment général : « Une société se juge à la manière dont elle traite ses enfants. Alors ce matin, notre présence n’est pas symbolique. Nous sommes venus dire « non ! ». Non aux expulsions, non à la résignation, non à cette violence d’État qui provoque la crise que subissent les familles populaires ! »

Thomas Portier

*Collectif Aucun enfant sans toit, RESF, CIVCR, Ligue des droits de l’homme, FCPE

Rassemblement devant le collège Assia Djebar (54 rue Maurice Gainsbourg) le 24 septembre à 12h45.

Retour en haut de page