
« Lycée Romain Rolland en colère. De l’argent pour l’école, pas pour la guerre ! » Ce 17 octobre, dans l’après-midi, des élèves de l’établissement ivryen et leurs enseignants tenaient côte à côte cette grande banderole. Ensemble, ils participaient à la vaste manifestation parisienne, en compagnie de parents. Près de 100 personnes s’étaient données rendez-vous au métro Mairie d’Ivry à 13h pour un départ collectif en direction de la place de la République. Dans les rames joyeuses et bondées, ils ont leurs pancartes fabriquées maison : « Je pense donc je gène », « Mobilisés aujourd’hui pour un avenir demain », « La méritocratie n’existe que dans Minecraft [jeu vidéo]. » Depuis le 1er octobre, ces adolescents sont mobilisés, organisant des blocus le matin, comme dans de nombreux lycées.
Vers 14h, ils apprennent que la station République vient d’être fermée et que les 400 musiciens de l’Orchestre du nouveau monde qui jouaient tranquillement au pied de la statue ont été gazés par la police. Il est dont décidé de descendre après, métro Jacques Bonsergent, où une foule compacte est déjà présente. Cette mobilisation du 17 octobre avait été initialement voulue par le mouvement des Gilets jaunes, rejoint majoritairement par des lycéens et des étudiants, mais aussi des soignants, des syndicats, des députés, des élus locaux…
Peur de l’avenir
« Nous voulons manifester avec tout le monde pour que l’État finisse par nous écouter », affirme Victoria, 16 ans, en Première à Romain Rolland. « L’Éducation nationale ne va pas bien : manque de moyens matériels, humains et même moraux car nous ne sommes pas considérés, déplore son camarade Joseph, 17 ans, en Terminale. Nous avons peur de l’avenir, de ne pas trouver notre place dans la société avec Parcoursup qui nous trie, nous déshumanise. »
Sur le pavé de la capitale, d’autres lycéens du Val-de-Marne et de la région parisienne défilent dans le cortège qui se dirige vers la place de Clichy sans heurt, sous la vigilance des professeurs et des parents qui ont tous en tête les récentes violences policières. L’un d’eux brandit un carton avec un slogan résumant leur état d’esprit : « Liberté, égalité, nez cassé. » Élève à Romain Rolland dans les années 80 et père de deux filles qui y ont récemment été scolarisées, Najib se dit « sidéré » : « Quand il y avait des blocus, il y avait deux-trois flics, mais là, la réponse policière est disproportionnée. Je n’ai jamais vu une telle brutalité à l’égard de mineurs, ça me fait mal. Il y a une volonté délibérée de faire peur et de casser le mouvement. »
Fabienne Oudart, adjointe au maire en charge de la politique éducative, dénonce, elle, « lanégation de la démocratie » : « Ce gouvernement n’écoute pas les lycéens. Il sera comptable des traumatismes produits par les violences policières, les enfants mutilés, les dégradations matérielles. »
Quant aux revendications, elles portent sur de meilleures conditions d’apprentissage et sont largement partagées. En filière générale, les classes sont surchargées, avec plus de 35 élèves en Première et Terminale, et le non-remplacement d’un professeur de Physique-Chimie depuis la rentrée scolaire.
« Je suis impressionné par l’énergie de cette génération mobilisée pour leurs études mais aussi pour l’avenir, contre le dérèglement climatique ou le génocide à Gaza, conclut Emmanuel, professeur de philosophie. Ces jeunes n’ont pas besoin de mes cours en ce moment : ils expérimentent l’action et la lutte qui permettent d’arracher des progrès. » Une indispensable leçon de philosophie et de vie, malgré les vaines tentatives pour l’étouffer.
Catherine Mercadier
Lire le communiqué du maire Philippe Bouyssou suite à la manifestation du 17 octobre.